Refonder l’entreprise ? Pourquoi pas !

A propos des entreprises et de leur direction

si le droit n’interdit pas la prise en compte d’objectifs sociaux et environnementaux, il s’avère incapable de protéger les stratégies qui poursuivraient de tels objectifs sur le long terme(…). Nous soutenons qu’il faut aujourd’hui rejeter cette confusion entre société et entreprise. Et combler pour cela le vide juridique et théorique actuel par une nouvelle conception de l’entreprise.

Pour la création d’un nouveau statut d’entreprise à objet social étendu – Les échos
Par Blanche Segrestin et Armand Hatchuel, professeurs à Mines ParisTech | 06/08/2013

Un petit résumé de cet artcle, lui-même pas très long et que nous vous invitons à lire.

Dans les premiers paragraphes, les auteurs expliquent que la crise actuelle s’explique aussi par l’évolution des pratiques de management dans la direction des grandes entreprises depuis les débuts de la révolution néo-libérale dans les années 70. Pour des raisons qu’ils n’expliquent pas dans l’article mais dont ils prennent acte, les auteurs soutiennent qu’en incitant à aligner les comportements des dirigeants sur les exigences des actionnaires, les entreprises se sont rendues vulnérables aux crises financières.

Cette transformation a provoqué des dysfonctionnements dès les années 1990. Mais c’est lorsqu’elle a touché le management bancaire qu’elle a provoqué la débâcle. Car seule une transformation profonde des systèmes de management peut expliquer comment ces grandes organisations, dotées des expertises les plus pointues et rompues de longue date aux bulles immobilières, ont couru vers l’abîme. Nous savons aujourd’hui que, pour assurer la profitabilité actionnariale à court terme, le management des banques a délibérément outrepassé les règles les plus traditionnelles de la gestion de risque.

Or, s’il a été si facile de diriger, avec l’aide des dirigeants eux-mêmes, les entreprises contre leurs propres intérêts, c’est, selon les auteurs, parce que l’entreprise est une notion juridique vide, par opposition à la société anonyme qui tire avantage d’un cadre juridique taillé sur mesure à ses fins. En l’état, les dirigeants sont les mandataires sociaux des actionnaires et seuls ces derniers évaluent l’action des premiers. Il y a donc confusion au profit des actionnaires entre ce que le XIXème siècle appelait les sociétés commerciales et les entreprises, les premières se contentant de financer les secondes. Ce qu’on appelle par ailleurs et dans les médias la fameuse financiarisation de l’économie.

Or, une entreprise n’est pas seulement un moyen au profit des actionnaires, elle implique une mobilisation sociale de savoirs, d’apprentissage, de transmissions, d’infrastructures, etc.., elle ne cesse de créer des méthodes, des métiers et des organisations. Pour user de termes marxiens, l’entreprise réalise des moyens sociaux de production mais, à l’instar des travailleurs salariés, elle est juridiquement dépossédée du fruit de son travail.

Nos auteurs font donc l’hypothèse qu’en dotant les entreprises d’un statut juridique autonome, on pourrait soustraire leurs activités à la seule recherche maximale de profits d’une manière sensiblement plus efficace que ne le fait la définition de la responsabilité sociale des entreprises.

Construite autour de quatre principes tels que:

  1. Distinguer l’entreprise par sa mission de création collective.
  2. Clarifier le statut des dirigeants.
  3. Définir la participation au collectif « entreprise » comme un engagement.
  4. Affirmer de nouveaux principes de solidarité.

la SOSE pour Société à Objet Social Etendu

… permettrait d’élargir l’objet social en inscrivant dans leur statut que leurs objectifs, tout en incluant le profit, doivent intégrer d’autres buts, tels que le maintien de l’emploi, le renoncement à des techniques polluantes, etc.

Voila le genre de proposition qui mérite de l’attention. En effet, publié sur le site des Échos – business, cet article n’est pas la production d’une gauche radicale vers son public déjà convaincu. Et pourtant, elle dit une chose connue de la gauche depuis son origine : l’entreprise mobilise des moyens que la société dans son ensemble consent[foot]Il s’agit bien sûr d’un euphémisme. Le consentement doit être construit et reconstruit en permanence. C’est la fonction de l’Etat dans le domaine juridique et policier et celle des médias dans le domaine de l’idéologie.[/foot] à fournir aux entrepreneurs et à leurs actionnaires. Depuis ses formules modérées jusqu’aux plus révolutionnaires, la gauche n’a cessé de réclamer un droit de regard de la société sur les entreprises au nom même des moyens qu’elle prête et à hauteur de ce qu’elle y met.

En attendant de trancher ce débat qui ne le sera peut-être jamais[foot]On nous parderonnera ce ton désabusé mais il faut bien constater un singulier désarroi des peuples et des forces de gauche devant la crise peut-être la plus totale qu’ait jamais connu le capitalisme.[/foot], il sera peut être utile de soutenir cette initiative puisqu’avec un peu de bonne volonté, elle pourrait faire consensus au delà de la seule gauche. Et puisque nous n’allons pas tarder à avoir avec nos élus un peu plus l’occasion d’échanger avec eux, ce sera toujours l’occasion de leur en toucher un mot. Qu’ils fassent remonter.

M’enfin je dis ça, je dis rien.

1 comment for “Refonder l’entreprise ? Pourquoi pas !

  1. Olivier HOENNER
    20 octobre 2013 at 23 h 14 min

    comme quoi, on peut être de gauche, on peut être communiste et aimer l’entreprise pour ce qu’elle contribue à créer du travail, élément indispensable de l’émancipation des individus. dans ces conditions de plus juste répartition des richesses produites, dans ces conditions de plus grand respect de l’Humain: vive l’entreprise!!!

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